Les Kayan Lahwi, ces femmes d'un autre temps,

entre tradition et modernisme 

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Depuis son ouverture il y a quelques années sur le monde moderne après plus de 50 ans de régime dictatorial, le Myanmar (anciennement Birmanie) est un pays qui fascine et attire aujourd'hui des touristes de plus en plus nombreux. Entouré par les plus grosses économies d'Asie, à savoir l'Inde, la Thaïlande mais surtout la Chine, le Myanmar est également un pays convoité pour ses nombreuses ressources naturelles. Au milieu de tout cela se mélange un nombre impressionnant d'ethnies différentes. Il en existe pas moins de 135. Les Kayan Lahwi sont une d'entre elles.  

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Les Kayan Lahwi font partie de l'ethnie Kayan, elle-même faisant partie des Karenni, qui pour finir font partie des Karen. Ces derniers représentent la deuxième minorité du pays après les Shan avec environ 5 millions de personnes. C'est une ethnie d'origine Tibeto-birmane. Contrairement à 90% de la population du Myanmar qui est boudhiste, la plupart des Kayan sont chrétiens de l'église romaine depuis le 19ème siècle, lorsque de nombreux missionnaires italiens sont venus s'installer dans cette région. Une minorité d'entre elles continue cependant de suivre leurs anciennes croyances traditionnelles appelées Kan Khwan, qui placent la spiritualité au centre de l'univers et sa création à la rencontre entre un homme et une femme dragon.

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Les Kayan Lahwi sont connues pour porter de long colliers d'anneaux qui leur allongent le cou. Elles sont originaires de l'état Kayah à l'est du Myanmar et vivent dans des villages reculés dans les montagnes. Certaines d'entre elles ont fuit le pays et la répression sévère de la junte militaire dans les années 80/90 et vivent aujourd'hui au nord ouest de la Thaïlande, notamment grâce aux touristes qui viennent de plus en plus nombreux les contempler comme on contemple un animal dans un zoo. Mais si vous cherchez bien au Myanmar vous pouvez les rencontrer dans leurs villages natals.

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Les Kayan Lahwi commencent à porter leurs colliers d'anneaux à 5 ans puis, au fil des années, les colliers sont remplacés par d’autres plus longs. À la fin, le collier peut peser plus de 6 kilogrammes. En réalité, le cou en lui-même n'est pas rallongé, c'est la compression des anneaux sur la clavicule qui crée ce long cou. Il existe beaucoup d'histoires sur cette tradition, mais personne ne connait vraiment la vraie. Pour certains cela provient de l'époque où nombre d'entre elles étaient prises comme esclaves sexuelles et les anneaux autour du cou les rendaient dès lors moins attrayantes, c'est d'ailleurs ce qu'il se dit dans l'état Kayah. D'autres prétendent que c'était un signe de richesse. Pour finir, la plus connue serait que cela les protégeait à l'époque des attaques de tigres qui venaient les morde au cou.

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Certaines d'entre elles, surtout dans l'État Kayah, continuent de perpétuer cette coutume au nom des vieilles traditions. Dans le même temps, le gouvernement Birman veut y mettre fin car c'est une tradition trop ancienne pour le pays moderne qu'ils veulent. Certaines d'entre elles d'ailleurs, principalement en Thaïlande, ont commencé à retirer leurs colliers, au nom de la modernité. Dans ce même pays pourtant, nombreuses sont celles qui veulent continuer à les porter car l'attraction touristique qui en émane leur assure un revenu financier certain. Mais qu'en est-il alors de la tradition ? Ces femmes sont l'exemple parfait des problèmes de mondialisation et de modernisation que j'ai pu observer dans beaucoup de pays que j'ai visités dans ma vie : quelle est la place, dans un monde moderne, pour les anciennes traditions et comment est-il possible de les préserver dans un monde où tout évolue si vite ?

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Florient Zwein | Photographe | Paris - France | +33630111188 | florient.zwein@hotmail.fr | 2020